La couleur est un des éléments dominants dans ma peinture, traduisant une forme d’engagement fulgurant dans la vie. Cette fulgurance de couleurs est peut-être à la hauteur de la noirceur de certaines périodes de ma vie.
« Ce que je n’aurais pu faire dans la vie qu’en jetant une bombe — ce qui m’aurait conduit à l’échafaud — j’ai tenté de le réaliser dans l’art, dans la peinture, en employant la couleur pure au maximum. »
— Maurice de Vlaminck
Une certaine forme d’abstraction qui a remplacé le figuratif des débuts, s’est d’abord associé à des éléments concrets.
Depuis 3 ou 4 ans, l’abstraction totale s’est imposée à moi : des plages de couleur à l’acrylique, en épaisseur, étalées au couteau, sont contenues dans des formes plutôt géométriques, associées librement, quelque fois avec puissance et d’autre fois avec plus de douceur sur des toiles plutôt de grand format. L’effort physique pour y parvenir est important pour moi.
C’est ce qui me semble le mieux exprimer mes états d’âme face à la réalité du monde contemporain.
« Ce qui est à l’intérieur de moi est très précieux : c’est une source inépuisable d’inspiration. C’est un accès à une partie de mon intimité que je ne connais pas entièrement et que je prends le risque d’exposer. Chaque jour est une expérience nouvelle qui nourrit et enrichit cet intérieur. »
Laisser le spectateur approcher, toucher les toiles ( ce qui est habituellement strictement interdit et réprimé) et lui laisser librement choisir son point de vue en fonction de ses impressions et sensations, est nouvelle pour moi.
Cette sensation a été fortuite au départ, au hasard des mouvements imposés à la toile pour les besoins de ma technique de peinture à l’acrylique étalée en épaisseur au couteau exclusivement.
Puis cet effet est devenu une façon de présenter les œuvres abstraites, multiple donc dans les effets, suite à ces différentes manœuvres.
Et enfin, proposer au spectateur de la mobiliser lui-même, par le biais d’une image numérique peut-être, telle est ma recherche actuelle.
De prime abord, approcher des œuvres abstraites de si près, n’est pas très facile. La rencontre entre le spectateur et l’œuvre, n’est pas évidente et peut même se solder au mieux par une appréhension, au pire par un rejet, une incompréhension, voir un échec total. Pour cela, se référer à l’ouvrage suivant :
« Esthétique de la rencontre », Baptiste Morizot, Estelle Zhong Mengual, Editions du Seuil, 2018.
Cette façon permettrait de rendre cet abord des œuvres abstraites plus simple, peut-être plus ludique, une fois l’appréhension dépassée.